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Conflit d'intérêts : transparence trop partielle en Europe

L'épidémie de covid-19 et la recherche de traitements ont été l'occasion, en France et ailleurs, d'une utilisation fréquente de la notion de conflit d'intérêts dans les débats publics. Mais cette évocation a parfois obscurci le sujet au lieu de l'éclairer.

Certains défenseurs de médicaments pas chers comme l'hydroxychloroquine ou l'ivermectine dans le covid-19 ont instrumentalisé la notion de conflit d'intérêts pour discréditer ceux qui critiquaient leurs travaux ou leurs avis. Certaines simplifications, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, tendant à faire croire que les liens d'intérêts seraient de la corruption, et que "Big Pharma" tirerait les ficelles des marionnettes que nous serions tous, ont en pratique affaibli la notion de conflit d'intérêts en la caricaturant. Le problème lié aux conflits d'intérêts n'est pas une question de corruption individuelle ou de complot mondial, mais de l'influence en partie inconsciente des liens d'intérêts sur les décisions. 
La question des liens d'intérêts en santé a suscité de très nombreuses initiatives au cours des quinze dernières années, partout dans le monde. Une de ces initiatives consiste à obliger, par la réglementation, à rendre publics les liens d'intérêts des personnes et des institutions de la santé avec des firmes de produits de santé. Parties des États-Unis d'Amérique, ces lois, dites Sunshine Acts, connaissent des prolongements partout dans le monde. Mais tous les dispositifs n'ont pas la même efficacité. L'association EurosForDocs, qui a créé en 2021 une version européenne (www.eurosfordocs.eu) de sa plateforme initialement française de transparence sur les liens d'intérêts (www.eurosfordocs.fr), a analysé la situation des pays européens où les dispositifs de transparence relèvent du volontariat des firmes ou des professionnels de santé. Malgré des différences parfois importantes entre les pays, aucun d'entre eux ne met à disposition via un site unique une information sur l'ensemble des soignants.

Cela montre qu'il est temps d'avoir un "Sunshine Act" dans l'Union européenne, sur le modèle le plus avancé, c'est-à-dire une déclaration obligatoire et exhaustive des liens par les firmes elles-mêmes, comme c'est le cas aux États-Unis, au Portugal et en France.

©Prescrire 1er décembre 2021

• Texte complet : 

"Conflits d'intérêts : une transparence trop partielle en Europe" Rev Prescrire 2021 ; 41 (458) : 934. Accès libre.

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