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Autour du procès Mediator°

Les enjeux du procès



 Autour du procès Mediator°  Le benfluorex démystifié en 1978 dans le "Dictionnaire Pradal"

Nous publions ici des extraits du "Dictionnaire critique des médicaments" d'Henri Pradal, qui en 1978 (soit deux ans après la mise sur le marché de Mediator°) démystifiait le benfluorex et montrait tout l'intérêt d'un esprit critique sur les médicaments et l'"information" des firmes. (Janvier 2020)

Le désastre du Mediator° découle du fait que la nature amphétaminique anorexigène du benfluorex (Mediator°) a été trop longtemps ignorée et niée. Pourtant, dès 1977 dans la revue "Pratiques, ou les cahiers de la médecine utopique", puis au fil des ans dans la revue Prescrire, il y avait matière à prévoir et prévenir ce désastre (1). Nous publions ici des extraits du "Dictionnaire critique des médicaments" d'Henri Pradal, qui en 1978 (soit deux ans après la mise sur le marché de Mediator°) démystifiait le benfluorex et montrait tout l'intérêt d'un esprit critique sur les médicaments et l'"information" des firmes (2).

« MEDIATOR - Antisurcharges alimentaires.

Pour qui sait examiner une formule développée - mais encore faut-il avoir l'occasion de tomber dessus - le benfluorex, principe actif du Mediator, est un dérivé de la molécule du Pondéral, coupe-appétit bien connu commercialisé par le même laboratoire. " Il arrive qu'un nouveau médicament soit une découverte ", comme on peut lire sur les publicités du Mediator. C'est reconnaître que bien des médicaments "nouveaux" n'apportent rien : phrase dangereuse, surtout lorsqu'on veut vendre une amphétamine modifiée par adjonction d'un radical organique en en faisant " le traitement logique des surcharges lipidoglucidiques athérogènes " ...

(…) Quand on relit la littérature concernant le Pondéral, publiée en tout cas avant que ne sévisse "la censure scientifique" dont se plaint en public son fabricant, on constate qu'il s'agit d" une thérapeutique rationnelle de l'obésité " puisque " Pondéral augmente l'assimilation périphérique du glucose et accélère la métabolisation des lipides tout en diminuant leur synthèse ". Le rapprochement de ce texte (Vidal 1974, page 1306) avec les phrases décrivant le mécanisme d'action du Mediator permet de constater que la parenté des deux médicaments n'est pas que chimique. La similitude des axes promotionnels, qui a dû échapper à bien des prescripteurs, aurait-elle pour but d'installer sur l'orbite des antigraisses un coupeur d'appétit appartenant à une catégorie de plus en plus décriée et en voie de ne plus être remboursée par la Sécurité Sociale ? Quoi qu'il en soit, si le Mediator était capable, par une sorte de miracle, d'agir aussi bien sur les surcharges lipidiques que sur les surcharges glucidiques dont on connaît l'importance dans la genèse de l'athérosclérose, dans son extension et dans son aggravation, ce serait le médicament du siècle. Il se vendrait dans le monde entier (ce qui n'est pas le cas) et ne serait pas oublié des principaux traités de pharmacologie.

La somnolence (qui était un effet secondaire curieux du Pondéral) se retrouve avec le Mediator. L'anorexie est évidemment très marquée, personne ne peut s'en étonner. Les douleurs abdominales, les nausées, les vomissements ne sont pas rares. Des vertiges et des intolérances cutanées ont été signalés. Les dérivés de l'amphétamine ne doivent pas être associés aux IMAO (Marplan, Niamide, etc.), aux antidépresseurs tricycliques (Concordine, Laroxyl, etc.). La prise simultanée d'hormones thyroïdiennes est déconseillée. Le Mediator est contre-indiqué en cas de grossesse et de pancréatite chronique. Sa parenté avec les amphétamines devrait rendre très prudent en cas d'hypertension artérielle, d'insuffisance cardiaque, et chez les sujets anxieux ou présentant des antécédents de suicide. Peut-être le Mediator peut-il rendre des services dans le diabète avéré avec troubles lipidiques ? Il s'est montré capable de modifier certaines courbes d'hyperglycémie provoquée dans certains états prédiabétiques. On pourrait admettre ainsi qu'il intervient favorablement dans certaines hyperglycémies génératrices d'hypertriglycéridémie. Tout cela est du domaine de la spéculation intellectuelle et ne doit pas faire oublier l'importance primordiale du régime alimentaire dans les états de surcharge (…). »

Extraits de la veille documentaire Prescrire
1- Prescrire Rédaction "Le benfluorex démasqué dès 1977 dans la revue Pratiques, ou les cahiers de la médecine utopique" Rev Prescrire 2019 ; 39 (434) : 946-947.
2- Pradal H "Mediator°" Dictionnaire critique des médicaments, Éditions du Couloir de Gaube 1978 : 610.

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 LIBRE  "Le benfluorex démystifié en 1978 dans le "Dictionnaire Pradal"" Rev Prescrire 2020 ; 40 (435) : 65. (pdf, accès libre)

 

©Prescrire 1er janvier 2020

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